dimanche 1 novembre 2015

JOUR DE SORTIE


1er novembre. Jour des morts, dit-on. 


Je suis mort moi-même. Pas d'inquiétude, ça arrive à des gens très bien.

J'ai écrit dans mon seul roman: "De nos jours on peut survivre à tout, excepté à la mort."

Eh bien les temps ont changé. De vos jours, on peut survivre à la mort, pourvu qu'un hurluberlu ait l'idée d'installer un paratonnerre dans un cimetière.

Quand je suis sorti de ma tombe, un jeune homme qui passait par là a crié d'effroi.

Moi aussi: ma tombe est une vision d'horreur. Voyez vous-même:




Je n'aurais jamais cru, de mon vivant, que l'on on me représenterait un jour en taureau ailé. Il n'y avait qu'un Américain pour faire une chose pareille.

Mais ce qui m'intrigue surtout, ce sont ces curieux messages en encre rouge ou noire qui parsèment la stèle. Des noms d'amoureux, semble-t-il, des phrases célèbres écrites par d'autres, de petits dessins d'enfants.

Molière est passé me voir ce matin, et a déclaré:

- N'ayez crainte, Monsieur, ce sont des messages d'estime.

Devant ma surprise, il ajouta:

- Plus un homme est aimé de son vivant et au-delà, plus les témoignages d'affection abondent sur sa tombe. Un certain Jim est apparemment très aimé. 

Il n'est rien d'inscrit sur ma propre tombe, ajouta Molière, presque triste. Il faut dire qu'elle est entourée d'une grille à faire fuir les importuns.




- Regardez, dis-je, encourageant, celle de Balzac reste vierge elle aussi.




- C'est à cause de l'école, me dit Molière en soupirant. Les professeurs croient bon de faire lire dès le plus jeune âge les romans de cet homme payé à la ligne. Il mettait vingt pages à décrire la brique d'une maison.

- Voilà pourquoi personne n'ose écrire sur sa tombe. Il pourrait répondre.

Molière sourit. Il me demanda comme on parle du temps qu'il fait:

- Alors vous aussi, vous vous êtes réveillé ?

- Apparemment.

- Que comptez-vous faire de votre temps ?

- Découvrir Paris, librement.

- Et écrire ?

- Peut-être.

Je ne lui ai point avoué ce que j'avais en tête. J'ai laissé, en mon temps, quelques uns de mes aphorismes dissimulés un peu partout dans Paris. Je savais que la mort serait ma dernière amante. Je voulais un morceau d'éternité. 

J'ai caché ces aphorismes dans ces endroits que les Parisiens fréquentent sans vraiment les regarder. J'espérais que quelqu'un les trouve, que le premier aphorisme le mène au second, le second au troisième, et ainsi de suite jusqu'à mon trésor, mon secret.







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